Jean-Jacques Perrut

Écrivain et Biologiste


DE LA NEURONOLOGIE AU CERVEAU AUGMENTÉ, LA VOIE DU TRANSHUMANISME

DE LA NEURONOLOGIE AU CERVEAU AUGMENTÉ, LA VOIE DU TRANSHUMANISME

Jean-Jacques PERRUT, diplômé en neuro et psychophysiologie, naguère psychopharmacologue, effectua son stage de neurologie au sein des Hospices Civils de Lyon, il y a  50 ans , avec pour seuls outils  le marteau à réflexes, pendu à la ceinture, et l’épingle, accrochée au revers du sarrau que l’on promenait , de façon routinière, sur la voute plantaire  pour rechercher un éventuel – mais rare – signe de Babinsky…

Depuis, les choses ont considérablement évoluées, comme le rappelle Jean Jacques PERRUT dans le premier tome de ses mémoires.

Les technique nouvelles d’imagerie médicale ont permis des avancées considérables, nous permettant ainsi de connaître où se situent le siège cérébral de nos joies, de nos tristesses, de nos émotions, et, cela grâce aux performances des IRMf (scanner à résonance magnétique fonctionnelle), PET SCAN (tomographie par émissions de positons), MEC (magnéto-encéphalographie). Ces techniques nouvelles nous permettent d’appréhender la complexité du cerveau : 100 milliards de neurones, avec 1000 à 10000 connexions chacun soit plus de 100 000 milliards de connexions ; 1000 à 5000 milliards de cellules gliales, soit 10 fois plus que de neurones ; 2,4m2 de surface corticale développée…

Depuis 25 ans, tout ce qui nous semblait connu a été remis en cause, précise Jean-Jacques Perrut. S’il fallait résumer tout cela en un mot, ce serait celui de neuroplasticité. Dire comme autrefois que les neurones meurent est toujours exact, mais il ne faut plus s’en attrister, ce sont les neurones inutilisés qui meurent, mais d’autres se créent, en fonction des besoins. C’est la neurogénèse continue.  A la naissance, la taille d’un cerveau de singe représente 50%  de celle d’un adulte et cette taille sera obtenue en deux ans. S’agissant d’un cerveau humain, sa taille à la naissance ne représente que 25% de cella d’un adulte, il faudra attendre 10 ans pour qu’elle représente 90% de la taille d’un adulte et attendre encore près de 20 ans pour obtenir la taille définitive. Entre 0 et 2 ans, la moitié de nos neurones disparaissent. Mais cela est bien, c’est la condition de la plasticité neuronale. D’autres neurones apparaissent et multiplient contacts et synapses. Ce n’est pas tant le nombre de neurones qui est important mais le nombre de synapses … Dans la petite enfance, le cerveau est passif, il est sensible aux stimulations sensorielles et à son environnement, il apprend et construit son propre réseau. Puis le cerveau devient actif, c’est l’apogée de la neuroplasticité, l’adaptation du sujet à son milieu, la singularité de chaque individu, la capacité d’adaptation mais aussi d’individuation et de liberté. La production continue de nouveaux neurones, la neurogénèse se fait en fonction des expériences, des désirs, et cela à différents niveaux. C’est un constant remaniement, un processus adaptatif. Grâce à la plasticité, plus le sujet est stimulé, plus il développera ses neurones et surtout, plus il développera de connexions. Les neurones inutilisés  se détruisent ; ceux qui sont fonctionnels et utilisés construisent de nouvelles synapses à partir des dendrites. C’est au niveau du cortex préfrontal, mature en fin d’adolescence, que se situe le support de l’homme sociable ; lorsque deux amoureux s’embrassent, leurs cortex préfrontaux manifestent une activité de haute intensité. Nos échanges sociaux, notre environnement et notre vie sociale construisent nos neurones. Le sport, l’activité physique, sociale, la méditation, l’affect, le désir, stimulent la croissance des neurones et des dendrites, alors que la passivité, le vieillissement, le stress, la pollution les détruisent.

Même si la science des réseaux neuronaux n’en est qu’à ses débuts, une découverte parait fondamentale pour le docteur PERRUT, c’est celle des neurones miroirs par RIZZOLATI. Notre cerveau, comme celui des primates chez lesquels fut faite cette découverte, mime ce qu’il voit accomplir par d’autres, voire se mimi lui-même. Ces neurones miroirs nous poussent à entrer en phase avec autrui, à entrer en empathie et à vouloir le bonheur de l’autre. En résonance avec les neurones d’autrui, nos neurones évoluent selon les relations que nous entretenons avec autrui. Les neurones miroirs permettent d’apprendre et d’entrer en empathie ce qui favorise les comportements altruistes. Ce cerveau « mimétique » serait le premier à se mettre en œuvre chez le nouveau-né qui sourit si vous souriez ou tire la langue si vous tirez la vôtre… Pour autant, cela n’empêche pas ceux que nous imitons à devenir rivaux ou adversaires. 

Jean-Jacques PERRUT a aussi pu rapporter, comme le fit avant lui la psychiatre Muriel SALMONA, les travaux d’une équipe internationale qui mis en évidence par IRM des modifications anatomiques de certaines zones cérébrales chez des femmes qui avaient subi dans leur enfance des violences sexuelles. Elles gardaient ainsi, outre d’éventuelles conséquences psychologiques, de véritables séquelles neuro-anatomiques représentées par un amincissement des aires corticales qui correspondent aux zones somato-sensorielles des parties du corps qui ont pu être touchées par les violences sexuelles subies ; et l’épaisseur de ces zones est d’autant plus diminuée que les violences ont été graves. L’impact des violences sexuelles est donc aussi neuro-biologique, les violences aboutissent à la constitution d’une mémoire traumatique  qui, au moindre lien, fait revivre à l’identique, les violences vécues naguère. Il est apparu depuis que toutes les violences, et pas seulement sexuelles, peuvent entrainer ce genre de phénomène d’amincissement de certaines zones corticales et de création d’une mémoire traumatique. Mais, et c’est là le point positif, la neuroplasticité du cerveau peut permettre la récupération des atteintes corticales, à condition bien sûr que les violences soient stoppées et que la mémoire traumatique soit estompée…

Le dialogue entre notre cerveau –via un capteur de notre activité mentale – et le fonctionnement d’une machine est désormais possible. C’est l’interface cerveau-machine, secteur qui est en formidable expansion. L’individu peut ainsi communiquer avec son environnement par sa seule pensée, de manière non invasive, sans modifier son intégrité cérébrale. En revanche, les possibilités sont plus grandes encore par l’implantation  d’électrodes miniaturisées permettant la stimulation sélective de groupes de neurones. On peut ainsi réguler la souffrance en agissant sur la région identifiée comme le siège de la douleur ; on peut réduire les troubles parkinsoniens, les troubles épileptiques ; on peut traiter aussi certains troubles psychiatriques. Les avancées technologiques s’accélèrent de mois en mois. Le professeur LLEDO, le spécialiste français des neurosciences confirme les propos tenus par Jean-Jacques PERRUT.  Nous connaitrons d’importantes améliorations de la santé d’individus fragilisés par la maladie ou l’accident. Le cerveau « réparé » permettra la « réparation » de l’humain. Mais la dérive qui pointe est d’aller vers un cerveau « augmenté » pour concurrencer les progrès de l’intelligence artificielle. C’est le « neuroenhancement » américain (l’optimisation cérébrale). On sait déjà comment, en délivrant des impulsions électriques ciblées, comment augmenter d’un tiers la mémoire des humains. On est certes encore loin de se faire refaire le cerveau comme on se fait refaire le nez ou les seins mais on en viendra de l’humain « réparé » à l’humain « augmenté », et cela grâce au cerveau « augmenté » par des stimulus bien placés qui augmenteront QI et mémoire. Il appartiendra aux spécialistes éthiques de définir la limite entre le « réparé » et « l’augmenté » et à notre société de se prononcer sur le transhumanisme.

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