Jean-Jacques Perrut

Écrivain et Biologiste


Faire face et surmonter l’adversité selon Jean-Jacques Perrut

Faire face et surmonter l’adversité selon Jean-Jacques Perrut

Face aux épreuves de la vie, Jean-Jacques Perrut nous livre un témoignage sur l’adversité et les épreuves du quotidien :

Il faut rester positif devant les difficultés de la vie. Les épreuves sont révélatrices de nos talents.L’épreuve permet de nous évaluer  et de faire ressortir les possibilités qui sont en nous. C’est dans l’adversité qu’on devient plus fort…

On sait bien tout cela. C’est assez facile à écrire.

C’est plus difficile à vivre.

Je viens de connaitre l’adversité et la perte d’un être cher. Il faut faire face.

J’ai bien essayé de continuer à vivre comme dans un passé récent : réunions, cocktails, vernissages, réunions, dîners, conférences, etc … Je n’ai pas pu. Poignées de mains, faux compliments, embrassades, sourires hypocrites, tout cela est du paraitre inutile. Il faut privilégier le savoir être et abandonner le souci de paraître. Je me souviens cette prière de Michel Quoist :

« Je te demande, Seigneur, de me débarrasser

Une fois pour toutes de mon souci de paraître.

Pardonne moi d’être trop préoccupé

De l’impression que je donne , de l’effet que je produis,

De ce qu’on pense et dit de moi.

Pardonne moi le temps passé à jouer mon personnage

Et le temps perdu pour construire ma personne… »

 

Paraître fait référence à ce que vous voulez ressembler, à quoi vous désirez être associé dans l’esprit des gens, comme le dit Denis Doucet (principe du petit pingouin). Être c’est la manière dont on éprouve les choses.

 

Pour abandonner le « paraître », il faut disparaitre.  Fuir. Je veux fuir. Fuir les réunions, les conseils d’administration, les discours, les assemblées, les faux-semblants, les remises de diplômes , de médailles et de décorations, les photographes, les hypocrites, les embrassades, les poignées de main. Pour aller où ? Dans un ermitage, une île isolée ? ou tout aussi bien dans un asile, une léproserie, une abbaye, un centre d’hébergement pour migrants, pour aider autrui et c’est au contact d’autrui que nos neurones se portent bien. Aider autrui nous apporte de la satisfaction, davantage qu’en pensant à soi, on se satisfait par diverses façons. Mais pour comprendre un fait, il faut le regarder non le fuir.

Le désir commun d’occuper une belle position sociale, d’avoir du prestige, d’être puissant et d’être reconnu tel par la société est en fait une volonté de dominer qui est une forme d’agression. La cause de cette agressivité, selon Krishnamurti , est la peur. Fuir la peur ne fait que l’accroitre. Tant qu’on n’est pas délivré de la peur, on demeure dans les ténèbres ; il faut vivre dans le présent pour s’affranchir de cette peur. C’est l’action qui se vit au présent.

 

Un moine du VIIème siècle, Isaac le Syrien, près de Mossoul, disait : « L’humble reçoit toujours de Dieu. Fais-toi petit en tout devant les hommes et tu seras élevé plus haut que les princes de ce monde. Abaisses toi devant les hommes et tu seras honoré. Descends plus bas que toi-même et tu verras la gloire de Dieu en toi. Car là où germe l’humilité, là se répand la gloire de Dieu. N’aimes pas l’honneur et tu ne seras pas déshonoré. L’honneur fuit devant celui qui court après lui mais l’honneur poursuit celui qui le fuit, et il proclame à tous les hommes son humilité… »

 

Je lis J-Marie Vianney, curé d’Ars, dont j’ai rapporté les propos dans un récent ouvrage : « Voyez-vous, en dehors du bon Dieu, rien n’est solide. Si c’est la fortune, elle s’écroule ; si c’est la santé, elle est détruite ; si c’est la réputation, elle est attaquée. Il ne faut pas mettre son affection dans toutes ces choses, ceux qui le font sont tourmentés. » Pour l’homme de Dieu, rien de ces choses n’est important. On est trop attaché à ces choses superficielles, même si on dira toujours qu’il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade. Mais j’ai connu des pauvres heureux, dans la joie, qui n’avaient rien, mais qui donnaient aux autres. J’ai connu des malades, des handicapés lourds qui sont joyeux, comme l’est Jollien, lourdement handicapé, que j’apprécie beaucoup, tant il reflète la joie de vivre . « Il ne faut pas demander : que faut-il pour être heureux ?, mais : comment être dans la joie ? » dit-il.

 

Cela me fait penser à cette magnifique prière dite de l’inexaucé :

« J’ai demandé à Dieu la richesse pour être heureux et mieux aider les pauvres ;

Il m’a donné la pauvreté et ses propres richesses.

J’ai demandé la santé pour être plus efficace et faire de grandes choses ;

Il m’a donné l’infirmité pour faires des choses meilleures.

J’ai demandé à Dieu la force pour atteindre le succès ;

Il m’a rendu faible pour que j’apprenne humblement à obéir.

J’ai demandé à Dieu toutes les choses qui pourraient réjouir ma vie ;

Il m’a donné la vie pour que je me réjouisse de toutes choses.

J’ai demandé à Dieu le bonheur des miens ;

Il leur a été donné toutes sortes d’épreuves rappelant que Jésus avait lui-même souffert.

J’ai demandé à Dieu une belle intelligence pour mieux comprendre le monde et réussir ma vie ;

Il m’a donné une mémoire trébuchante et un esprit lent pour m’ouvrir à ses mystères par l’humilité.

Je n’ai rien eu de ce que j’avais demandé ;

Mais tout ce que j’avais espéré, je suis richement comblé ».

 

Si la vie est trop dure, nous pouvons nous contenter de survivre, d’accomplir tous les actes qui feront croire que nous sommes encore en vie de l’intérieur alors que nous sommes en réalité mentalement morts. Plus une souffrance est intense, plus elle retient le champ de notre attention et de notre conscience, il n’existe alors plus rien d’autre qu’elle. Ch André (méditations sur la vie)nous affirme que la facilité peut faire davantage de mal que l’adversité en nous éloignant de notre humanité.

Jean d’Ormesson nous a quitté au début de décembre 2017. Ce fut un homme de grande sagesse. Homme de foi, il affirmait que la vie est une épreuve dont la souffrance et le mal sont les instruments. La souffrance accompagne la vie que Dieu nous a donnée, le mal accompagnant la pensée donnée aussi par Dieu. Il nous appelle à l’espérance : « Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants »…

C’est la re-naissance d’un nouvel homme, bien vivant, qui peut être aimé, qui peut aimer ; qui peut aimer le pauvre rencontré au hasard du chemin, qui peut jouir d’un lever de soleil sur la montagne, d’un coucher de soleil sur la mer , d’un beau paysage ensoleillé ( et parlant du soleil ne pas oublier qu’il n’est qu’une petite étoile parmi des milliards d’autres), de la lecture d’un beau texte ou d’une prière simple, de l’écoute d’un bel enregistrement musical, du sourire d’un enfant nouveau-né, de la dégustation d’un vin fin entre amis, et de ces petits riens qui font qu’on est vivant, que Françoise Héritier décédée à l’automne 2017 décrivait dans « Le sel de la vie ».

 

Voyez ces victimes innocentes, survivantes d’un tsunami, d’un ouragan ou d’un camp d’extermination. Elles ont tout perdu, elles n’ont plus rien. Mais elles ont tout : la vie, la joie d’aimer et d’être aimé, de voir le lever et le coucher du soleil.

 

Il faut se donner les moyens d’être heureux dans l’adversité, ouvrir les yeux sur la nature et sur les autres.Le chant des oiseaux pour qui entend, le coucher du soleil pour qui voit, le parfum des fleurs pour qui sent sont autant de sources de joies simples. Le simple fait de vivre est source de joie, parce que nous sommes vivants et en lien avec autrui. Etre satisfait de ce qu’on a, aimer ce que l’on fait, développer la compassion , permet de contribuer à surmonter les difficultés. Il convient d’accepter la vie faite de joie et de souffrance, de pain blanc et de pain noir. Il faut l’accepter : résister à cette réalité ne ferait que renforcer le mal-être ; il faut voir le positif dans le négatif car la souffrance fait partie intégrante de notre humanité, on peut en tirer profit comme on peut tirer profit de nos échecs.

 

Comment s’en sortir ? Sur internet des dizaines et des dizaines de sites, dans les librairies plusieurs mètres linéaires d’ouvrages divers veulent proposer des solutions ; comme quoi beaucoup cherchent à s’en sortir, à surmonter les épreuves ; et nombreux auteurs ont la prétention de connaitre le sujet. Mais je me contenterai de quelques auteurs de ma bibliothèque personnelle.

 

Frédéric Lenoir me fera comprendre que la sagesse consiste à accepter ce sur quoi on ne peut agir. C’est, je pense, une forme de sagesse stoïcienne. Il ne faut pas lutter contre des éléments de la vie qui ne dépendent pas de nous. Ce n’est pas en refusant les souffrances de la vie qu’on trouvera le bonheur, mais en les acceptant lorsqu’elles sont inévitables et en comprenant que nous pouvons aussi grandir avec elles. Le consentement, l’acceptation de ce qui est ouvre la porte à la joie de vivre.Ce n’est pas du fatalisme, c’est l’acceptation de la vie, c’est une prise de distance, une forme de détachement qu’il ne faut pas confondre avec de l’indifférence. C’est un peu l’abandon de Jollien, qui n’est pas du tout de la résignation, mais le contraire ; plus on s’abandonne au temps présent, plus on est dans l’action. Je dois abandonner l’individu que j’étais, je dois tout laisser et devenir un autre ; et connaitre la joie de vivre, qui est de recevoir la vie comme un cadeau. Le simple fait d’exister – malgré la souffrance et l’adversité – , vivre, est déjà une chance inouïe quelle que soit cette vie. Je dois abandonner mon bien être, mon égo insatisfait, et me « contenter » dans le sens d’entrer dans la joie de l’homme vivant que je suis encore.

 

Jollien dira que ce qui contrarie le plus la joie, c’est le désespoir mais non la souffrance. La souffrance répugne, elle fait honte et isole. On peut éprouver de la joie non pas malgré la souffrance, mais avec elle. Ce n’est pas la souffrance qui nous grandit mais ce que nous en faisons. Il faut tenter de transformer la souffrance en création ; faire de la souffrance un espace de connaissance de soi, un terrain d’apprentissage .  Attribuer un sens constructif à l’adversité est le meilleur moyen de rester maître de son existence et de préserver sa vitalité. Jollien rejoint Tomasella pour qui l’amour et la création sont les deux moyens pour surmonter les épreuves. L’homme est fait pour agir et non pour l’inaction ; ne rien faire détruit les neurones. J’ai bien remarqué que le mental est meilleur si l’esprit est occupé, les activités trop basiques, marcher ou pousser la tondeuse n’occupent pas l’esprit. Je n’ai pas encore osé la création artistique, peindre ?, je pense ne pas savoir. Il est des activités très profitables pour lesquelles je ne suis pas disposé : ce sont le sport, le yoga et la méditation. En revanche, faire des recherches généalogiques, écrire – même si le talent est très incertain-  sont des activités non physiques qui occupent l’esprit.

 

Ce sont les blessures qui nous forment, nous rendent plus matures et plus forts. Nous avons souffert, éprouvé des blessures, et nous surmontons les épreuves.La résilience définit le ressort de ceux qui, ayant reçu le coup ont pu le dépasser. Nous devons apprécier ce que le simple quotidien a d’extraordinaire et de précieux. Regardons avec amour les gens qui nous sont proches et nous découvrirons l’or qui nous entoure (selon Grün). Regardons tout ce que nous possédons au lieu de penser à ce qui nous manque, ce qui fut dit par Yoga Sutra : « Savoir se contenter de ce qu’on a constitue le plus haut degré du bonheur ».  La pensée de Saint Augustin n’est pas très différente : « Le bonheur c’est continuer à désirer ce qu’on possède ».

 

La colère, la tristesse, le ressentiment n’ont plus lieu d’être. Il ne s’agit plus de s’identifier à cet ancien individu à l’ego maltraité qui a besoin de reconnaissance, de confort, de consolation. Si on peut laisser tout cela on est dans la Joie Parfaite selon St François d’Assise ; c’est la joie de vivre, de recevoir la vie comme un cadeau et s’en réjouir et non recevoir la vie comme un fardeau qu’il faut porter

 

 

L’acceptation de ce qui est selon Lenoir, l’abandon, selon Jollien, la joie de l’autre selon Bernanos, la joie parfaite selon St François d’Assise, la résilience du merveilleux malheur selon Cyrulnik, l’aptitude à resurgir selon Steffens, la patience qui pardonne selon St Ambroise,le bien-être vécu avec conscience vécu avec gratitude selon André ;  l’amour et la création forces de renouveau selon Tomasella, l’or intérieur selon Grün, les blessures transformées en perle selon Ste Hildegarde ;le bonheur moyen de la vie selon Claudel ;

tout concoure à sortir de l’épreuve.

 

Mais c’est avec le saint curé d’Ars, dont il est largement question dans le dernier ouvrage que j’ai publié que nous avancerons. Nous avons tous des croix : la maladie, le handicap, les problèmes familiaux, l’accusation infondée qui détruit la carrière et la réputation. Le Christ a porté sa croix et nous entraine à porter la notre à sa suite. Par notre baptème, nous avons accepté notre part de croix et comme tant de saints l’on fait, nous devons aimer la croix que nous portons. J-M Vianney l’a maintes fois exprimé : « Les croix sont la route du ciel. Que faut-il pour monter au ciel ?: la grâce et la croix. Pourquoi ne pas aimer nos croix. Les bons chrétiens sont dans les croix, les contradictions, les adversités, les mépris, les calomnies ; tant mieux.Les condamnations du monde sont des bénédictions de Dieu. Les maladies, les épreuves, les peines sont autant de croix. Tous les hommes souffrent de mille manières différentes, on peut souffrir comme le bon larron ou comme le mauvais. Il faut aimer en souffrant, il faut souffrir en aimant ».

 

Spiritualité et religiosité aident à combattre victorieusement la difficulté à vivre. C’est démontré par des études faites après la sortie des survivants des camps de concentration , notamment à Auschwitz et récemment par des imageries cérébrales, le lobe frontal droit de notre cerveau se trouve stimulé. La croyance en Dieu a un effet bénéfique, la religion calme la peur de vivre. La psychothérapie de Dieu (Boris Cyrulnik) nous aide à affronter les souffrances de l’existence et à mieux profiter du simple bonheur d’être.

 

J’ai plaisir à citer en pré-conclusion, des extraits d’un texte du pape François de la dernière semaine pascale :

« Être heureux, ce n’est pas seulement célébrer la réussite

Mais apprendre les leçons des échecs.

Ce n’est pas se sentir heureux avec des applaudissements

Mais être heureux dans l’anonymat.

Etre heureux c’est reconnaitre que la vie vaut la peine d’être vécue,

Malgré tous les défis, les malentendus et les crises.

Etre heureux n’est pas une fatalité du destin,

Mais une victoire pour ceux qui sont capables de voyager dans leur être.

Etre heureux, c’est traverser les déserts,

Et être capable de trouver une oasis dans les recoins de notre âme.

C’est remercier Dieu chaque matin pour le miracle de la vie.

Etre heureux, ce n’est pas avoir une vie parfaite,

Mais user les larmes pour irriguer la tolérance.

Utiliser les pertes pour aiguiser la patience ;

Utiliser les erreurs pour sculpter la sérénité ;

Utiliser la douleur pour lapider le plaisir ; utiliser les obstacles pour ouvrir les fenêtres de

l’intelligence.

Ne jamais renoncer, donner à ceux que l’on aime.

Ne jamais renoncer au bonheur, car la vie est un spectacle incroyable ».

 

Il faut lâcher prise. C’est l’art d’accepter toutes les choses que la vie nous propose. C’est un voyage à l’intérieur de soi qui nous permet d’abandonner ce qui nous fait souffrir. C’est renoncer à nos résistances intérieures. C’est d’ailleurs ce qui, chez les bouddhistes, s’apparente au renoncement et cet état d’esprit conduit à la paix intérieure. Il ne signifie ni résignation, ni soumission mais nous apporte joie et bien-être, et au-delà, aimer les autres. Nous devons nous détacher de ce que nous avons construit comme carapace et de ne plus vivre par rapport au regard des autres.

 

Moi, Jean-Jacques Perrut, m’appuyant sur la pensée des uns, sur la prière des autres, je ne peux qu’être heureux ; heureux de pouvoir donner de l’amour à ma famille, à mon prochain, de pouvoir donner des subsides aux pauvres et d’aimer Dieu et les hommes.

« Dieu nous a donné la vie pour que nous en profitions et que nous soyons heureux et que nous nous aimions les uns les autres. Dieu n’est rien sa

ns les hommes. On ne peut aimer Dieu sans aimer les hommes » (Jean d’Ormesson).

 

Je terminerai en citant quelques phrases d’une prière de Ste Mère Thérésa :

 » La vie est beauté, admire- la

La vie est un rêve, réalise-le

La vie est un défi, relève-le

La vie est un devoir, fais-le

La vie est richesse, conserve-la

La vie est amour, jouis-en

La vie est tristesse, dépasse-la

La vie est un combat, accepte-le

La vie est une tragédie, lutte avec elle

La vie est une aventure, ose-la

La vie est bonheur, mérite-le

La vie est la vie, défends-la « 

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