Jean-Jacques Perrut

Écrivain et Biologiste


L’Ancien Testament et les bienfaits du vin

L’Ancien Testament et les bienfaits du vin

Dans son ouvrage « Le Vin dans la Bible », paru aux éditions Edilivre, Jean-Jacques PERRUT décrit tous les aspects bénéfiques et néfastes du vin dans les Écritures Saintes.

Dans ce qui n’est qu’un bref aperçu de l’ouvrage, il évoque quelques aspects bénéfiques du vin issus de l’Ancien Testament.

 

Les relations entre Dieu et Israël, son peuple, se traduisent par la culture de la vigne. « La vigne du Seigneur c’est la maison d’Israël et les gens de Juda en sont les plants choisis » (Is 5, 7). Le choix des Hébreux comme peuple élu correspond à la plantation de la vigne, ses infidélités se manifestent par la stérilité de la vigne et son châtiment par sa destruction. Le peuple élu est le plant de vigne que Dieu a arraché d’Égypte pour le transplanter. C’est la sortie d’Égypte vers 1250 avant Jésus-Christ et la promesse « d’un pays ruisselant de lait et de miel pour leur donner en héritage des champs et des vignobles » (Nb 20, 5). Lors de la vie au désert durant l’Exode, le peuple hébreu désire ardemment la vigne, symbole de la Terre promise. Après la traversée du désert, les Hébreux arrivent dans la Terre promise, au pays de Canaan. Atteignant la vallée d’Eshkol, « ils coupent un sarment et une grappe de raisin géante qu’ils emportent à deux avec une perche » (Nb 13, 23). Cette grappe géante est le symbole du premier contact avec la Terre promise, elle symbolise la richesse de cette terre, matérialise l’abondance ; elle est signe de la bénédiction divine.

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Après le déluge, Dieu préserve Noé qui plante la vigne, preuve de la bonté divine, sur une terre que Dieu a promis de ne plus maudire ; de même après 40 années de traversée du désert, la possession du pays de Canaan et de ses vignobles constitue la marque de l’alliance renouvelée avec Dieu. Jean-Jacques PERRUT rappelle l’Histoire. Ainsi, vers 1200 avant Jésus-Christ, sous la conduite de Josué après la mort de Moïse, les Hébreux s’installent dans ce pays riche où ils trouvent « des vignes et des oliviers qu’ils n’avaient pas plantés » (Dt 6, 11), signe tangible de la bonté divine. Israël reçoit sa récompense, mais est prévenu que si le peuple n’est pas fidèle, le châtiment divin s’abattra sur lui :

« Tu planteras une vigne et tu n’en jouiras pas » (Dt 28, 30).

« Tu planteras et tu soigneras des vignes, mais tu ne boiras pas de vin, tu ne feras même pas la vendange, car le ver aura tout mangé » (Dt 28, 39).

« Ces vignes délicieuses que vous avez plantées vous n’en boirez pas le vin »

(Am 5, 11 ; So 1, 13 ; Mi 6, 15).

Mais rien n’écarte les israélites de leur idolâtrie et de leur ingratitude envers Dieu qui fait part de sa déception :

« Oh, ma vigne chérie, je t’ai piochée, taillée, entourée de murs, j’ai creusé en ton milieu un pressoir. Que pouvais-je faire pour toi que je n’aie fait ? Et toi, tu ne me rends que des chardons et des mauvaises herbes » (Jr 2, 21).

L’anéantissement d’Israël est figuré par la disparition de la vigne :

« J’ai fait tarir le vin dans les cuves ; on ne foule plus gaiement au pressoir »

(Jr 48, 32).

« la vigne ne donnera plus son fruit » (Ha 3, 17).

Après 400 années tumultueuses, la destruction de la vigne est le châtiment. Après la prise de Samarie vers 722 et la prise de Jérusalem en 587 avant Jésus-Christ, le peuple élu de Dieu se trouve de nouveau asservi. Mais des supplications sont faites pour que Dieu sauve sa vigne. Les cantiques des montées (Psaumes 120 à 134) sont des cris d’espoir.

Dieu, dans sa bonté, sauvera son peuple et son pardon se traduit aussi par des images viticoles. Aux exilés et aux captifs, il est promis le retour dans un pays de vignes :

« la vigne et le figuier redonneront leurs richesses » (Jl 2, 22).

Aggée, le prophète, l’annonce en 520 avant Jésus-Christ. Zaccharie, dans la quatrième vision, pressent le retour en grâce :

« Vous vous inviterez mutuellement sous la vigne et sous le figuier » (Za 3, 10).

Et « je sèmerai la paix, la vigne donnera son fruit, la terre donnera son produit » (Za 8, 12).

« Ils sont pleins de joie comme celle du vin » (Za 11, 7).

Le temple est reconstruit en 515 avant Jésus-Christ. L’alliance est renouvelée.

Le temps et les mœurs ont changé. On ne boit plus guère de vin pur comme dans l’ancien Israël, mais la mode est au vin coupé d’eau comme le font les Grecs et les Romains :

« Il est nuisible de boire du vin pur ou de l’eau pure alors que le vin mêlé à l’eau est une boisson agréable qui produit une délicieuse jouissance » (2 M 15, 39).

Pour rappel, le vin à d’abord une valeur profane indiscutable. Si la vigne a toujours été considérée comme l’un des trois arbres fondamentaux de la Méditerranée orientale à côté de l’olivier et du figuier, le vin est indissociable du pain et d’abord synonyme de nourriture ; nourriture du peuple d’Israël bien sûr, mais aussi des Égyptiens, des Grecs et des Romains. Il constitue avec le pain la base de l’alimentation, il est jugé par les peuples de l’Antiquité comme nécessaire à la vie de l’homme, en tant qu’aliment de base.

« Le vin est comme la vie pour l’homme » ou encore « ce qui est de première nécessité pour la vie de l’homme, c’est l’eau, le fer, le feu, le sel, la farine de froment, le lait, le miel, le sang de la grappe, l’huile et le vêtement » (Si 31, 27).

Ou encore : « jusqu’à ce que je vienne et vous emmène vers un pays de froment et de vin nouveau, un pays de pain et de vigne, un pays d’oliviers, d’huile fraîche et de miel ; ainsi vous vivrez et vous ne mourrez pas » (2 R 18, 32).

Le vin est éventuellement rouge, le « sang de la grappe » dont parlent le Deutéronome et le Siracide.

Il fait partie des réserves nécessaires : « j’ai paille et fourrage pour nos ânes, j’ai aussi du pain et du vin pour moi, pour ta servante et pour le garçon qui est avec tes serviteurs ; nous ne manquerons de rien » (Jg 19, 19).

Le vin maintient la vie et les Hébreux le considèrent comme fortifiant pour redonner de la vigueur aux hommes qui traversaient le désert : « le pain et les fruits frais (serviront) de nourriture pour les jeunes gens et le vin de boisson pour ceux qui seront épuisés dans le désert » (2S 16, 2). Le vin apporte des forces, il est nourrissant :

« un brave que le vin ragaillardit » (Ps 78, 61).

« Le vin nouveau fortifie les jeunes filles » (Za 9, 17).

Si on possède le pain et le vin, on a l’essentiel pour vivre. Il fait partie de l’alimentation de base.

Melchisédech, ami d’Abraham, grand prêtre et roi de Salem, apporte « le pain et le vin » (Gn 14, 18). On a voulu voir dans ce geste la préfiguration de l’Eucharistie 1 800 ans avant son institution par le Christ. Le vin est consommé aux repas dans les grandes maisons : à la table d’Holopherne (Jdt 12, 11), à la table de Xerxès (Est 1, 8), à celle de Belchatsar ou d’Assuérus, mais aussi dans les demeures plus modestes. On en emporte aussi lors des déplacements. David emporte chez Saül « du pain, une outre de vin et un chevreau » (1 S 16, 20). Venant rejoindre David, Avigaïl emmène « 200 pains, 2 outres de vin, 5 brebis » (2 S 16, 1). Le voyageur emporte avec lui « du pain et du vin » (Jg 19, 19).

Bref, son usage est habituel et quotidien « de première nécessité » (Si 39, 26), et c’est une véritable désolation si le vin vient à manquer :

« on réclama du vin » (Is 24, 11).

« Quelle vie pour celui qui manque de vin ! » (Si 31, 27).

Le vin est donc aussi un médicament. L’Ancien Testament y fait allusion largement. Cela posera plus tard de gros problèmes aux médecins musulmans qui l’utilisent ainsi, mais dont l’usage sera interdit par le prophète Mahomet.

Le vin doit réjouir l’homme :

« Plein d’une joie comme celle du vin » (Za 10, 7).

« Et que le vin réjouisse le cœur du mortel » déclare le psaume 104.

Le vin marque la convivialité. Grâce à lui, on se fait plaisir et on fait plaisir. On peut le boire seul en gourmet comme Isaac qui goûte le gibier arrosé de vin offert par son fils Jacob (Gn 27, 25). On peut aussi et surtout le boire entre amis et les banquets arrosés de vin ne manquent pas dans la Bible. « J’ai loué la joie, parce qu’il n’y a bon pour l’homme sous le soleil que de manger et de boire et de se réjouir » (Qo 8, 15). Le vin c’est la fête. Quand on veut bien recevoir, on sort ses meilleures amphores, et le vin coule à flots dans les bons festins. Il n’y a pas de véritable joie dans un repas d’amis ou dans un repas de famille s’il n’y a pas de vin. Le vin sert de référence pour l’amitié en la comparant au vieillissement du vin. « N’abandonne pas un vieil ami, car le nouveau le vaut pas. Vin nouveau, ami nouveau ; qu’il vieillisse, tu le boiras avec plaisir » (Si 9, 10).

Le vin sert aussi de référence à l’amour. Le Cantique des Cantiques, ouvrage raffiné qui célèbre l’amour entre un homme et une femme dans un cadre enchanteur, rappellant tout l’érotisme contenu dans ce texte, chant nuptial, largement décrit dans l’ouvrage…

Et de fait, ajoute Jean-Jacques PERRUT, si la vigne est une plante particulièrement féminine, le vin est aussi le symbole de la fécondité. Ézéchiel compare Jérusalem au cep fécond. Les Psaumes dressent un tableau du bonheur en citant l’épouse féconde comme une vigne alors qu’Isaïe parle de la vigne fertile qui manquera aux femmes insouciantes…

 

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